Le Vietnam émet des obligations en dollars américains : emprunter davantage en devises étrangères, une stratégie judicieuse ou un nouveau pari risqué ?

Le Vietnam envisage d’émettre des obligations d’État en dollars américains, pour la première fois depuis plus d’une décennie, selon des informations de Reuters citant des sources bien informées. Une banque d’investissement étrangère aurait proposé une émission d’obligations à 10 ans, d’une valeur d’un milliard de dollars américains. Sur le papier, les chiffres semblent très séduisants : un milliard de dollars, une durée de dix ans. Mais derrière ces chiffres rutilants se cache une question incontournable : emprunter dans une devise que l’on ne contrôle pas, est-ce vraiment aussi « bon marché » qu’il n’y paraît ?

Les obligations en dollars américains pourraient ouvrir un nouveau canal de levée de fonds, permettre d’accéder aux investisseurs internationaux et diversifier les sources de financement. Mais emprunter en dollars américains signifie également que les obligations de remboursement sont liées aux fluctuations des taux de change et à la conjoncture financière mondiale. Si le dollar américain se renforce, la dette exprimée en monnaie vietnamienne pourrait devenir plus coûteuse. En d’autres termes, si l’on signe aujourd’hui un contrat en dollars américains, le budget devra demain faire face à une variable que personne ne peut contrôler.

Ce qu’il convient donc de se demander, ce n’est pas si l’émission d’obligations en dollars américains est bonne ou mauvaise en soi, mais à quoi servira l’argent emprunté, quelle sera son efficacité et qui en supportera le coût si les prévisions initiales ne se concrétisent pas. Un milliard de dollars n’est pas de l’argent gratuit, et encore moins un distributeur automatique de billets pour l’avenir. Si les fonds sont investis dans des projets générateurs de productivité et de croissance, cela peut constituer un levier. Mais si l’on emprunte pour ensuite rembourser la dette avec des sources de recettes peu efficaces, la facture finale reviendra au budget — et, en fin de compte, aux citoyens.

https://www.facebook.com/share/p/1Bhmch36Du/