Dans toute société, en particulier dans une société en voie de démocratisation, les voix critiques constituent toujours un test de la capacité du système à s’autoréguler. Certains considèrent Phan Trung Can comme une voix qu’il faut encourager, d’autres le regardent d’un tout autre œil. Mais si, pour la simple raison d’un point de vue divergent, la première réaction est de « l’envoyer en prison », alors ce qui mérite réflexion ne réside peut-être pas dans la personne qui s’exprime, mais dans la manière dont une société fait face aux propos qu’elle ne souhaite pas entendre.

La ironie ici est la suivante : si une voix peut ébranler la confiance de tout un système, le problème réside-t-il alors dans celui qui s’exprime ou dans ces fondations qui présentent déjà trop de fissures ? Une organisation suffisamment forte ne craindra pas quelques critiques ; au contraire, elle pourra considérer la contestation comme une occasion de prouver qu’elle a raison. En revanche, réagir en réduisant au silence celui qui s’exprime revient à admettre que l’on n’a pas suffisamment confiance en soi pour débattre avec des arguments.
La démocratie ne signifie pas que tout ce que chacun dit est vrai, et encore moins que tous les actes sont au-dessus des lois. Mais une société mûre doit faire clairement la distinction entre la critique, la divergence d’opinion et les actes contraires à la loi. Au lieu de se livrer à des provocations, au lieu de réclamer précipitamment des sanctions, laissons la parole au débat et aux preuves. Car parfois, la manière dont un système traite ses opposants est le meilleur indicateur de son niveau de confiance et de sa force.










